25
juin

Scoop : le grand rabbin serait un Bété !…

 

 

 

… Si du moins l’on en croit les classifications ethnologiques du Gal Poncet, telles que les rapporte Hervé Gattegno dans Le Point

 

 

Pour mémoire : Gattegno reprend la bombe médiatique de Mediapart, étouffée dans le silence des grands médias. Gattegno la reprend très précautionneusement, comme pour tenter de la désamorcer.

Bombe potentielle : sans aucun écho dans les grands médias, Fabrice Lhomme, revenant sur les événements de Bouaké a en effet publié dans Mediapart une interview de Me Balan (avocat des familles des soldats français tués à Bouaké) disculpant Gbagbo « à 95% » et portant les soupçons, quant à la responsabilité du fameux bombardement présumé, sur l’attitude des autorités françaises qui ne trouve « pas d’explication rationnelle ».

Mediapart cite aussi le Gal Poncet affirmant que l’ambassade de France et le Gal Beth lui ont l’une comme l’autre demandé/ordonné de libérer les mercenaires Slaves, soupçonnés d’avoir assassiné les soldats français. Fabrice Lhomme souligne que cela revient à accuser et la ministre de la Défense de l’époque, M. Alliot-Marie, et le Président la République de l’époque, Jacques Chirac.

Aucun écho de ces informations dans les grands médias… sauf dans Le Point, qui trouve la désignation (ci-dessus) des autorités françaises par Poncet imprécise ! Pour Gattegno, cela ne revient qu’à « relativiser l’implication du président Gbagbo » (sic) !

Pour ce faire Hervé Gattagno « relaie les considérations ethnologiques du Gal Poncet » (cit. commentaire de Th. Kouamouo). Je cite le Gal selon Le Point : « Je pense que Laurent Gbagbo n’était pas au courant [du présumé bombardement de Bouaké]. Je pense qu’il a pris le train en route et qu’il l’a fait parce qu’il est un chef bété et que, dans la culture bété, le chef assume ce que fait son clan. »

Voilà qui selon Poncet relayé par Gattegno, est un trait spécifique de « la culture bété » : « le chef assume ce que fait son clan ». Façon de dire contre ce que commence à induire l’enquête qui pointe les regards ailleurs, qu’il est responsable quand même mais moins que prévu (où l’on amortit l’onde de choc potentielle de la bombe médiatique de Mediapart). Autre scoop en passant promu par Le Point : les mercenaires slaves sont donc « du clan Gbagbo » : Bété !

 

*

 

C’est ici que j’en viens au grand rabbin de France. (Cela vaut toutefois pour n’importe quel responsable de n’importe quelle organisation. On a même lu cela dans la presse concernant tel ou tel Président français, et notamment J. Chirac — en substance : « si on est dépassé par les événements, donner l’impression qu’on les a précédés ».)

Que s’est-il passé ces derniers jours à Paris XIXe ? Un jeune homme de confession juive, Rudy, a été atrocement tabassé par d’autres jeunes gens. Il a passé trois jours dans le coma. On espère que la violence injustifiable qu’il a subie ne lui laissera pas de séquelles.

Médias et politiques se saisissent aussitôt de l’affaire, et anticipant toute enquête, clament qu’il s’agit d’une agression antisémite.

Le grand rabbin, à ce moment là, n’est pas sûr qu’il s’agisse bien d’une agression antisémite : pour lui, c’est tout au plus « probable ».

Auparavant, tout le monde en France s’est emballé : politiques et médias — à l’abri toutefois de quelques conditionnels de circonstance. Les proches de Rudy, son père notamment, vont dans le même sens : il portait une kippa, soulignent-ils.

Le Président de la République, en voyage en Israël, fait sauter tous les conditionnels, déclarant carrément que Rudy a été agressé « sous prétexte qu’il portait une kippa » ! Voilà qui est clair. Apparemment, le Président Sarkozy sait des choses qu’on ne sait pas en France…

Puis tombe le verdict judiciaire : pas d’antisémitisme direct, mais « antisémitisme par incidence ». Le profane que je suis en matière juridique, qui ne connaissait pas le concept, a tendance à penser que l’on assiste à une espèce de contorsion pour ne pas dire ce que la juge a conclu tout en le disant quand même mais pas trop fort. À savoir que l’agression ne relève pas de l’antisémitisme, mais de bagarres entre bandes, bagarres de plus en plus violentes entre « juifs », « noirs », « Maghrébins » et « Turcs » — on a parlé de ces quatre formules de regroupement de bandes qui font le coup de point les unes contre les autres.

On découvre, ce qu’on imaginait bien, que depuis leurs lieux identitaires respectivement revendiqués, les bandes se lancent réciproquement des injures racistes.

On comprend l’émotion des uns et des autres, surtout quand cela débouche sur ce qui est advenu ce samedi pour Rudy. On comprend pour le coup le désir de voir passer la justice dans toute sa rigueur, on comprend l’émotion des proches de Rudy, de ses parents, et de la communauté juive, qui se sent menacée, à l’instar d’autres « communautés ».

On comprend dès lors que le grand rabbin, qui a été remarquable dans son soutien à Rudy et à sa famille — c’est alors qu’il a joué son rôle de chef (« bété ») ! — on comprend qu’au-delà de ses précautions d’un premier temps, il en soit venu dans un second temps, dans le cadre de l’émotion générale, à abandonner ces précautions, et soit passé de l’idée de l’antisémitisme probable à celle de l’antisémitisme tout court.

On le comprend d’autant mieux qu’entre temps les plus hautes autorités de la République n’ont pas lésiné, répercutées par les médias, devançant l’enquête — qui en vient dès lors à conclure en circonlocutions et nouveaux concepts, façon de via média entre ses conclusions et les déclarations des plus hautes autorités : « antisémitisme par incidence »…

Ce faisant, alors que tout le monde s’est laissé déborder, on glisse à la catastrophe, en premier lieu pour la communauté juive ! — tiraillée entre une peur bien compréhensible devant un climat qui se dégrade ; un souhait compréhensible aussi de ne pas s’inscrire en faux contre des politiques et des médias même s’ils en rajoutent indûment ; et un sentiment de malaise profond devant cette manière de se voir instrumentalisée à fin d’exorcisme d’une France au passé qui ne passe pas.

L’indignation générale est du même ordre que celle de l’affaire Marie-Léonie (fictivement « agressée » dans le RER) et la velléité sarkozienne de confier la mémoire d’un enfant mort dans la Shoah à chaque enfant des écoles. Simone Veil a alors mis un sain holà !

Mais que ce soit le délire de Marie-Léonie ou le macabre projet, on n’en a tiré aucune autre leçon que quelques conditionnels avant « antisémite » qui finissent par sauter de toute façon — ce qui se traduit dans des concepts juridiques nouveaux comme « antisémitisme par incidence ».

Derrière cet emballement récurrent, ne se trouve peut-être rien d’autre qu’une mauvaise conscience européenne, sorte de retour malsain du refoulé, qui se projette via les guerres de clans « inter-communautaires », de plus en plus violentes et de plus en plus graves, où chacun rejoue à Paris le conflit israélo-palestinien, qui de tache d’huile en tache d’huile devient conflit parisien judéo-musulman, puis judéo-maghrébin, voire judéo-africain !

Où ces ennemis fantasmés d’Israël deviennent les exutoires d’une certaine mauvaise conscience française, qui se dédouane ainsi à bon compte en s’indignant de tout ce qui ressemble à de l’ « antisémitisme par incidence » s’il est le fait d’Arabes ou de « noirs ».

Et pleuvent les Marie-Léonie et autres « sous prétexte qu’il portait une kippa ».

Où se rejoignent la rhétorique d’extrême-droite, héritière incontestable, dans plusieurs de ses courants, de l’antisémitisme génocidaire européen, et le refus des violences palestiniennes qui sombrent dans le terrorisme. Un amalgame terrible qui trouve sa traduction dans les trop fameux « black- black- black ».

Il est temps d’en venir encore et toujours à l’avertissement de Frantz Fanon aux « noirs » : « quand vous entendez dire du mal des juifs, tendez l’oreille, on parle de vous ». L’avertissement vaut dans l’autre sens, et s’il vaut « quand vous entendez dire du mal », a fortiori vaut-il quand on en est à des violences physiques…

Quand vous entendez dire : « les juifs sont votre problème » ; quand vous entendez dire : « l’antisémitisme est le fait des ‘noirs’, ou des Arabes », tendez l’oreille vous êtes tous, les uns comme les autres, dans le collimateur.

Déjà menace le retournement d’une d’opinion agacée d’emballements qu’elle a partagés et contribué à convoquer chez les politiques et médias démagogues.

Il est temps pour ceux dont la voix porte parmi les « noirs » d’appeler à la protection des juifs contre ce racisme qui les menace. Il est temps pour le grand rabbin de faire… « le chef bété », c’est-à-dire le chef tout court (n’en déplaise aux ethnologues à la petite semaine), et d’appeler à la protection des « noirs » contre le racisme qui les menace quand on leur fait porter la mauvaise conscience d’un réel et pas si vieux antisémitisme européen : celui du retournement démagogique de l’opinion.

 

 

 

19
juin

L’avocat des familles des soldats français tués à Bouaké veut en savoir plus…

 

 

Lu sur Le blog de Théophile Kouamouo : un article sur l’enquête de Fabrice Lhomme publiée par Mediapart. Une enquête pour l’instant entourée du silence des grands médias français. Extraits sur le site de Mediapart :

 

 

«L’enquête sur le bombardement de Bouaké se heurte à la raison d’Etat
18/06/2008 - 15:36
Fabrice Lhomme
En novembre 2004, deux avions Sukhoï bombardent une base militaire française à Bouaké, en Côte d’Ivoire, tuant neuf soldats et un civil américain. Le président ivoirien Gbagbo nie toute implication. Qui a donc donné l’ordre? En refusant de déclassifier le rapport de l’ancien ambassadeur de France en Côte d’Ivoire, le gouvernement relance les questions sur l’attitude de l’Etat français. Mediapart révèle les dépositions du général Henri Poncet et de plusieurs autres acteurs clés de cette affaire. Pourquoi l’Etat français a-t-il donné l’ordre de laisser filer des mercenaires soupçonnés d’être impliqués dans le bombardement? Pourquoi l’armée, qui surveillait en permanence ces Sukhoï, n’a-t-elle pu empêcher l’attaque? Lire également les explications de Dominique de Villepin au juge et un entretien avec un avocat des familles de soldats: “Michèle Alliot-Marie doit être entendue”.»

 

«Pour l’avocat des familles de soldats, «Mme Alliot-Marie doit s’expliquer»
18/06/2008 - 15:58
Fabrice Lhomme
Avocat pugnace et atypique, Me Jean Balan défend une vingtaine de familles de victimes du bombardement de Bouaké. Candidat à l’élection au bâtonnat de Paris, qui se déroule cette année, il annonce à Mediapart son intention de demander l’audition de Michèle Alliot-Marie.»

 

Quelques éléments qui ressortent — voir les détails sur Le blog de Théophile Kouamouo — :

Fabrice Lhomme écrit, à propos des « recommandations de la Commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN) [de ne] pas déclassifier le rapport de fin de mission de l’ancien ambassadeur de France à Abidjan, Gildas Le Lidec » :
« Ce document, qui couvre la période 2002-2005, l’Etat le couve jalousement. (…)
Depuis le début de l’enquête, tout se passe comme si l’Etat français avait quelque chose à cacher dans cette affaire dont on sait désormais presque tout… hormis l’essentiel : qui a donné l’ordre de bombarder, le 6 novembre 2004, une position française basée dans le lycée Descartes de Bouaké ».

Me Balan, avocat des familles des soldats tués, commente :
« c’est la première fois que la CCSDN refuse de déclassifier un document. Parfois, on a eu du mal à obtenir la levée du secret défense, d’autres fois on a obtenu au minimum une déclassification partielle… C’est pourquoi je suis à la fois très surpris et interrogatif. Cette décision entraîne toutes sortes de suppositions. Visiblement, on touche au secret d’Etat. »

Me Balan affirme : « on sait maintenant à 95% que cela ne vient pas de Gbagbo. Il y a de nombreux témoignages qui le confirment. »

Et à la question de Fabrice Lhomme : « En clair, vous n’excluez pas que la France soit complice d’une affaire qui aurait pu être le prétexte idéal pour se débarrasser de Laurent Gbagbo? »,

Me Balan répond : « C’est une hypothèse comme une autre. Cette interrogation, je ne suis pas le seul à la soulever. Des militaires mais aussi la justice maintenant se posent la question. Ce qui est certain, c’est qu’il n’y a pas en l’état d’explication rationnelle à l’attitude de la France depuis le bombardement.»

Et l’avocat de « demander l’audition de Michèle Alliot-Marie […]. Elle s’est exprimée dans la presse pour dire pourquoi on avait laissé filer les mercenaires. Or, le dossier établit que ses justifications sont non seulement insatisfaisantes, mais surtout inexactes. Mme Alliot-Marie doit s’expliquer. »

Le témoignage du Gal Poncet parlant de l’exfiltration des mercenaires slaves confirme les interrogations:
« “Je n’avais pas du tout envie de lâcher ces personnes”, a confié le général Poncet à la juge [Florence Michon], indiquant avoir reçu “cette instruction par deux canaux différents. D’une part le canal diplomatique, d’autre part le canal militaire. C’est l’ambassadeur de France qui m’a fait savoir qu’il fallait remettre ces personnes au représentant de la Russie.”
Le général dit avoir reçu l’ordre formel de libérer les mercenaires du général Emmanuel Beth, commandant du Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO). “Le général Beth n’a pu que me retransmettre un ordre qu’il avait lui-même reçu, il n’a pas pris d’initiative sur ce plan-là”», a cru bon de préciser le général Poncet. »

 

 

 

12
juin

Caroline Fourest mélange tout et dessert sa cause

 

 

Quel rapport y a-t-il entre la bévue d’un tribunal sur une certaine «qualité essentielle» et le fait de «faire shabbath» le samedi au lieu du dimanche comme le souhaitent les adventistes ?

À y regarder de près, aucun ! Sauf que Caroline Fourest (parmi d’autres!) veut voir dans la décision du tribunal de Lille une affaire de signe religieux.

(Cf. l’article de C. Fourest dans Le Monde — «Les tribunaux sous pression du religieux»)

 

 

C’est ainsi que l’on amalgame le jugement de Lille, l’aberrant laxisme d’un tribunal allemand dont la juge, écrit Caroline Fourest, «a estimé que “l’exercice du droit au châtiment (par le mari) ne permettait pas “d’invoquer une rudesse excessive”» (sic ! cf. sourate 4, v. 34), et les interrogations sur le fonctionnement de la loi française de 1905 !

Ici un questionnement citoyen amalgamé aux desiderata de «religieux réactionnaires», là un archaïsme scandaleux… classés ensemble dans «le religieux».

C’est ainsi que Caroline Fourest (avec d’autres) légitime par la bande, au prétexte d’être la porte-parole autorisée de «la laïcité à la française», les revendications intégristes les plus délirantes en les labellisant «signes religieux». De l’hymen aux violences conjugales, tout est fourré dans le même «religieux»… jusqu’aux évangéliques «exaltés» et autres adventistes qui n’y peuvent mais, lesquels ne sont pas sans lien, pour Fourest, avec le… gravissime assouplissement (qui ne me paraît pas souhaitable — mais faut pas exagérer !) de la loi de 1905.

Car pour faire bonne mesure, on trouve dans l’article de C. Fourest — derrière les verdicts de la juge germanique et de celle de Lille —, non seulement les musulmans mais aussi protestants, juifs et catholiques. On n’en devine pas moins qui est visé…

Voilà qui ressemble fort à un retour sur l’affaire du voile, dont le statut de signe religieux, contesté par les non-intégristes, a été ratifié par des défenseurs de «la laïcité à la française» fourrant sous le voile kippas et médaillettes — mais pas les tee-shirts et autres baskets «de marque».

Voilà donc les défenseurs de «la laïcité à la française», dont Caroline Fourest, mués en théologiens légitimant le statut «religieux» de pratiques coutumières — statut contesté par les théologien(ne)s non-intégristes.

Voilà du coup les défenseurs autoproclamés de «la laïcité à la française», dont Caroline Fourest,… théologienne proclamant en passant une des Églises de France (l’Église catholique) comme «l’Eglise française» — les voilà pieds et points liés, quand l’État se mêle (officiellement pour le coup) de théologie ; que ce soit quant à la loi sur le voile ou quant à la création de telle instance dont le mètre carré de mosquée sert de mesure de référence.

Caroline Fourest a alors beau jeu de se plaindre quand une composante significative de l’instance en question (l’UOIF) «prend ses avis religieux auprès du Conseil européen de la fatwa, une instance fondamentaliste»… dont les conceptions de ce qui est religieux et de ce qui ne l’est pas ont été au préalable ratifiées par la République, sur l’avis des Fourest et consort (cf. le voile et l’hymen).

Certes, on comprend, quand ils s’en prennent à des organismes autour du silence desquels gravitent les lanceurs de condamnations à mort — on comprend que les défenseurs de «la laïcité à la française» usent de circonlocutions. On comprend en l’occurrence que, pour ne pas donner l’air de s’en prendre «aux musulmans», les défenseurs de «la laïcité à la française» prennent la précaution de mettre dans le même sac les intégristes qui ont décrété ce qui est «signe religieux» (avalisés donc par la République), et les interrogations citoyennes sur les aménagements éventuels de telle ou telle loi, ainsi que les médailles de toute sorte… Cela dit, on laisse à penser que porter une médaille de la main de Fatima revient à battre sa femme !

Ce faisant, lesdits défenseurs de «la laïcité à la française», Caroline Fourest en tête, ont préalablement grillé l’efficacité de leur combat… Et pourtant, j’ai plutôt de la sympathie pour Caroline Fourest (soupir…).

 

 

05
juin

Défendre Rachida

 

 

… Injustement lynchée.

Elle aurait donc dû tenir ferme sur son propos initial. Mais la meute des hurleurs — à commencer par les dénicheurs de scoops malodorants —, le bal des indignés, étaient passés par là.

Le problème est qu’il n’y pas grand chose à dire contre l’indignation initiale qui a suivi le dévoilement du (trop) fameux jugement.

Rien à dire contre É. Badinter qui s’en est prise à un avis théorique indubitablement choquant. Tandis qu’il n’y a rien à dire non plus sur le droit, à entendre les juristes qui se succèdent à la barre télévisuelle : le droit a été appliqué à la rigueur, expliquent-ils… quoique sans grande humanité.

Rien à dire contre la dénonciation de la « fatwa » : l’effet jurisprudentiel français risque effectivement de faire sentir ses répliques jusqu’à Kandahar.

Il est par ailleurs indubitable que dans un deuxième temps, Rachida Dati a perdu les pédales, concédant aux hurleurs la révision du jugement, et criant ses larmes injurieuses aux parlementaires de gauche… pour la grande satisfaction d’une droite qui voudrait lui faire la peau.

Reste que Rachida seule s’est préoccupée d’un être humain, là où tous se sont coalisés sur le thème de l’ordre social. Voilà une jeune femme finalement soulagée d’être débarrassée d’un mari aussi provisoire qu’indélicat. Soulagée, et tant pis s’il a eu l’air d’avoir eu gain de cause devant la justice. Un gain de cause secret qui au fond, et même en laissant des traces, serait passé… s’il n’avait été sorti des poubelles.

Rachida seule a vu cela. Elle a vu cette jeune femme comme individu sacrifié sur l’autel de la rectitude collective et laïque. Comme l’individu Dreyfus l’était sur celui de l’honneur de l’armée de la République laïque.

Et puis, lynchée, Rachida a cédé, a craqué. De toute façon, il était sans doute trop tard pour la jeune fille à l’intimité désormais mondialisée. Il était trop tard au moment même où le « scoop » était sorti.

É. Badinter ne pouvait que s’indigner à juste titre — au risque, avéré depuis, de fédérer aux laïques de gauche et de droite, les anti-Arabes d’un côté et les intégristes de l’autre, dans le sempiternel face à face campé sur la ratification « laïque » de la compréhension intégriste de l’islam.

Où se reproduit l’ « affaire du voile » : la République avait décrété par la bande que le voile était un « signe religieux », donnant donc raison aux intégristes contre ceux qui refusent de lui donner ce statut (on peut l’interpréter de plusieurs autres façons, dans un éventail allant de la « pudeur » à la coutume archaïque mais non-religieuse, en passant par le signe de soumission des femmes). Aujourd’hui c’est l’hymen qui est décrété par la bande « signe religieux » — parce que le « scoop » exhibé est, par là-même, ipso facto mondialisé.

Voilà pourtant une coutume, l’exaltation, voire l’exhibition, de la virginité de l’épouse, qui, sans caution religieuse aucune, relève des traditions patriarcales les plus répandues. Et voilà qui se dépasse depuis de nombreuses générations dans la plus élémentaire des délicatesses : le mari se coupant légèrement le doigt pour produire la goutte de sang, traditionnelle mais en aucun cas religieuse : elle n’est pas destinée à Dieu que l’on sache ! Tout au plus à réjouir la famille…

Rachida avait raison : il eût été opportun de ne pas en rajouter en faisant retourner la jeune femme « accusée », ou son avocat, devant les tribunaux.

Reste à présent à espérer que l’on n’assistera pas à l’annulation de l’annulation, mais que cette nullité recevra sa vraie base. La République n’a pas à faire office théologique, elle n’a pas à dire, fût-ce de façon indirecte, si l’hymen est un signe religieux, ou autre membrane sacrée, « qualité essentielle » (fût-ce « aux yeux du mari ») ou que sais-je (comme elle n’aurait pas eu à faire indirectement du voile un « signe religieux »). En revanche, un mariage qui n’empêche pas un conjoint de livrer sa conjointe à l’opprobre public, et carrément aux tribunaux, est fondé à être frappé de nullité.

 

 

20
mai

Harris Memel-Fotê - sur l’idéologie de l’esclavage

 

 

 

L’étude de Harris Memel-Fotê sur l’esclavage dans les sociétés lignagères de la forêt ivoirienne «atteste l’antériorité d’une idéologie de l’esclavage par rapport à l’institution. Avant sa mise en place dans la zone, puis plus tard dans les différentes sociétés, dans le sillage des échanges, l’esclavage était reconnu, identifié, refusé, avant d’être accepté. Aux peuples qui vendaient sans acheter, il fallut une mentalité préparée et prête pour accueillir l’instauration de l’esclavage. […]
[…] Dans son établissement, l’institution est une mise en œuvre de l’idéologie […].»
L’étude de H. M.-F. «atteste la survivance de l’idéologie à l’institution. […] L’idéologie apparaît […] comme une idéologie de caractère politique, un recours des nostalgiques, arme symbolique dans le discours des luttes présentes, arme réactionnaire s’il en est, arme qui ressurgit contre les avancées démocratiques de la société politique.»

 

Harris Memel-Fotê, L’esclavage dans les sociétés lignagères de la forêt ivoirienne (XVIIe-XXe siècle), CERAP/IRD, 2007, p. 918-919.

 

 

 

13
mai

Décès du Pr Harris Memel-Fotê : hommage de Laurent Gbagbo

 

 

Laurent Gbagbo de Memel-Fotê : “C’était une montagne”

 

Fraternité Matin et Notre Voie — mardi 13 mai 2008 —
http://www.fratmat.info/1,,,1_fgfd10,,1.php?,__=eb,,0-0&el=5NPSYU&bv=UGLMQZM1JW
http://www.notrevoie.com/a_la_une.asp?id=19844

 

 

« C’est avec une profonde tristesse que j’apprends la disparition du professeur Harris Memel Fotê. Memel Fotê n’est pas seulement, pour ma génération, un professeur, l’un des premiers enseignants africains à avoir exercé dans l’enseignement secondaire et dans les universités d’Afrique. Il incarne également la conscience d’une certaine idée de la dignité de l’homme noir, de la liberté en Afrique et de l’indépendance des Etats africains.

Sa mort coïncide avec le 50e anniversaire des réformes institutionnelles engagées par la France en 1958 et qui ont débouché sur les indépendances de nos Etats, deux ans plus tard.

Les courants et mouvements indépendantistes africains savent la part inestimable, au plan militant et au plan intellectuel, que Harris Memel Fotê a, personnellement, prise dans la marche de l’histoire de cette période pleine à la fois d’espoirs et d’incertitudes.

Il a choisi le temps de l’indépendance et de la dignité africaine. C’est pourquoi il s’est rendu en Guinée lorsque ce pays, ayant dit «Non» au référendum de septembre 1958, s’est trouvé, du jour au lendemain, privé de toute assistance technique française en représailles à la décision souveraine du peuple guinéen.

Il a choisi le temps de l’indépendance d’esprit et de la solidarité africaine. Pour cela, il a été arrêté et emprisonné le 30 avril 1959 à Abidjan.

Il a choisi le temps de la démocratie et de l’Etat de droit. Pour cela, il a refusé de se compromettre avec le parti unique. Il était là en 1990 lorsque le temps de la révolution démocratique étant arrivé, nous avions besoin de sa caution morale, politique et intellectuelle. Il n’a pas failli à son devoir envers l’Afrique, envers la Côte d’Ivoire, son pays, et envers la démocratie et les libertés.

Depuis 2000, il dirigeait l’Académie des sciences d’Afrique et des diasporas africaines (Ascad). Car, Harris Memel Fotê est d’abord un homme de science et de culture, reconnu par les sociétés savantes les plus prestigieuses au monde. Il était membre de l’Académie universelle des cultures du monde créée par François Mitterrand et professeur honoraire au Collège de France.

Pour la Côte d’Ivoire, il restera la montagne du savoir, comme a su le dire un poète, parlant de la «Memelmontagne». C’est aujourd’hui un monument qui se dresse et la Côte d’Ivoire lui doit un hommage national.

Je présente mes condoléances à son épouse et ses enfants, sa famille et aux membres de sa génération, aux habitants de Mopoyem, son village, et à toute la région de Dabou. »

Laurent Gbagbo
Président de la République

 

 

Un penseur au coeur de l’actualité :
http://delugio.blogs.nouvelobs.com/archive/2008/05/12/index.html
http://delugio.zeblog.com/2008/05/12

 

 

07
mai

Obama… Yes they can

20
avr

Aimé Césaire (3)

 

 

 

chaque fois qu’il y a eu au Viêt-nam une tête coupée et un oeil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et “interrogés”, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.

Discours sur le colonialisme

 

Aujourd’hui, en France, on célèbre Césaire. En 2004, l’armée française a tiré sur des manifestants désarmés à Abidjan. Et en France, on a…

 

… La parole de Césaire restant vivante et actuelle…

 

l’on nous vendait sur les places et l’aune de drap anglais et la viande salée d’Irlande coûtait moins cher que nous, et ce pays était calme, tranquille, disant que l’esprit de Dieu était dans ses actes.

Cahier d’un retour au pays natal

 

 

 

18
avr

La fin de la faim…

 

 

… Passera-t-elle par l’énonciation claire de ce qu’un chat est un chat ?

Il ne fait mystère pour personne que le débridement libéral comme idéologie unique est derrière la hausse insupportable des prix des produits alimentaires de base.

Il n’est pas jusqu’au FMI qui n’en soit à invoquer les mânes de Roosevelt — le « New Deal » ! C’est dire ! Le FMI dont il n’est pas mystérieux que ses fameux PAS (Plans d’Ajustement Structurel) ont joué un rôle essentiel dans l’enfoncement des pays du Sud. Mal en a pris aux «bons élèves» qui ne s’en sont que plus enfoncés.

Nommer un chat un chat. Le «chat» que l’on évoque à présent en réclamant à cor et à cri l’interventionnisme des pays riches a un nom explicite : «New Deal» ! c’est-à-dire planifier ; et derrière — si on tire plus sérieusement la queue de ce chat — pointent : collectivisme, socialisme, voire communisme ! Oh les gros mots !

Le problème avec le libéralisme — et à ce point je m’interroge sur le libéralisme dans l’idéal, un libéralisme qui favoriserait la concurrence et donc le développement —, le problème est que l’idéal dont il se réclame semble n’atteindre que difficilement le concret.

Au concret ce que l’on en voit est la liberté du renard dans le poulailler. Quelques grands groupes, appuyés par des États qu’ils ont mis en dépendance, gèrent une économie sans autre boussole qu’eux -mêmes — quitte à promouvoir des privatisations consistant à vendre à des groupes nationalisés de pays riches — ainsi la «privatisation Ouattara» des télécommunications ivoiriennes, passées à… France Télécom, alors groupe nationalisé en France !

La chute du mur de Berlin avait suscité un grand enthousiasme — largement à juste titre, certes. On mesure aujourd’hui le contre-effet de cette «fin de l’histoire»… La faim !

Où le «mea culpa» sans vergogne du FMI et consorts permet de se demander si cet enthousiasme était suffisant. Les «petites erreurs d’appréciation» du FMI et consorts auxquels ce moment historique a laissé les mains libres, ont plongé des millions de personnes dans la guerre et la faim ! Les «petites erreurs» au service des grands groupes seront peut-être dans l’avenir mesurées en termes de crimes.

Aujourd’hui, au «service de la dette», des pays entiers, qui ont muté leur agriculture vivrière en tout et autre chose au service de la mondialisation, se voient contraints d’importer la nourriture de base au prix fort entretenu par les mêmes qui organisaient les «petites erreurs» et qui n’ont pas cessé de spéculer — aujourd’hui sur le riz…

Où l’on risque de renouer avec les lendemains qui… déchantent. Sauf à les organiser en révolutions (un chat est un chat) à proportion de ce qu’il est peut-être trop tard pour réformer les structures et les mœurs de l’organisation mondiale de la misère.

Où il s’agit de prendre d’ores et déjà la leçon de l’écroulement antécédent, celui de l’ancien socialisme. Il s’est écroulé d’avoir été totalitaire, c’est-à-dire essentiellement d’avoir prétendu créer un «homme nouveau» — et en corollaire d’avoir interdit la dimension spirituelle jugée anti-révolutionnaire (et d’avoir persécuté ceux qui n’y renonçaient pas).

Déjà pourtant des théologies de la libération avaient germé, heureuses promesses — providentiellement ostracisées ! par la hiérarchie cléricale d’alors, qui s’empêchait ainsi elle-même d’instrumentaliser cette ouverture spirituelle au cœur de la révolution. Car la libération, y compris comme notion spirituelle, ne saurait qu’être indûment le cheval de Troie des cléricatures et des intégrismes — qu’ils soient catholiques, musulmans ou autres.

Dans le refus des révolutionnaires d’alors de cette dimension ouverte de l’humain, s’origine le drame de la bipolarité actuelle : libéralisme matérialiste contre intégrisme (essentiellement islamiste… pour l’heure).

Aujourd’hui une reprise de pouvoir des êtres humains en leur entier, y compris leur dimension spirituelle libre (un chat est un chat) mais à commencer par leur faim immédiate, relève de l’urgence (contre la catastrophe intégriste et contre la catastrophe de la misère).

Des instruments, antécédents aux «petites erreurs», existent : ces instruments de l’expression collective internationale que sont concrètement les leviers d’Archimède des nations où s’organisent les peuples. Leur rassemblement — révolutionnaire (un chat est un chat) — contre l’organisation mondiale de la misère, relève de l’urgence appelant la fin de la faim.

 

Cf. aussi deux interviews de Jean Ziegler :
sur le blog Madison
et ici.
Et un autre reportage sur l’effet FMI sur le blog de Djé.

 

 

 

17
avr

Aimé Césaire (2)

 

 

 


Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte.
Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde.

 

Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme

 

 

 




voir aussi :

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