… Si du moins l’on en croit les classifications ethnologiques du Gal Poncet, telles que les rapporte Hervé Gattegno dans Le Point…
Pour mémoire : Gattegno reprend la bombe médiatique de Mediapart, étouffée dans le silence des grands médias. Gattegno la reprend très précautionneusement, comme pour tenter de la désamorcer.
Bombe potentielle : sans aucun écho dans les grands médias, Fabrice Lhomme, revenant sur les événements de Bouaké a en effet publié dans Mediapart une interview de Me Balan (avocat des familles des soldats français tués à Bouaké) disculpant Gbagbo « à 95% » et portant les soupçons, quant à la responsabilité du fameux bombardement présumé, sur l’attitude des autorités françaises qui ne trouve « pas d’explication rationnelle ».
Mediapart cite aussi le Gal Poncet affirmant que l’ambassade de France et le Gal Beth lui ont l’une comme l’autre demandé/ordonné de libérer les mercenaires Slaves, soupçonnés d’avoir assassiné les soldats français. Fabrice Lhomme souligne que cela revient à accuser et la ministre de la Défense de l’époque, M. Alliot-Marie, et le Président la République de l’époque, Jacques Chirac.
Aucun écho de ces informations dans les grands médias… sauf dans Le Point, qui trouve la désignation (ci-dessus) des autorités françaises par Poncet imprécise ! Pour Gattegno, cela ne revient qu’à « relativiser l’implication du président Gbagbo » (sic) !
Pour ce faire Hervé Gattagno « relaie les considérations ethnologiques du Gal Poncet » (cit. commentaire de Th. Kouamouo). Je cite le Gal selon Le Point : « Je pense que Laurent Gbagbo n’était pas au courant [du présumé bombardement de Bouaké]. Je pense qu’il a pris le train en route et qu’il l’a fait parce qu’il est un chef bété et que, dans la culture bété, le chef assume ce que fait son clan. »
Voilà qui selon Poncet relayé par Gattegno, est un trait spécifique de « la culture bété » : « le chef assume ce que fait son clan ». Façon de dire contre ce que commence à induire l’enquête qui pointe les regards ailleurs, qu’il est responsable quand même mais moins que prévu (où l’on amortit l’onde de choc potentielle de la bombe médiatique de Mediapart). Autre scoop en passant promu par Le Point : les mercenaires slaves sont donc « du clan Gbagbo » : Bété !
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C’est ici que j’en viens au grand rabbin de France. (Cela vaut toutefois pour n’importe quel responsable de n’importe quelle organisation. On a même lu cela dans la presse concernant tel ou tel Président français, et notamment J. Chirac — en substance : « si on est dépassé par les événements, donner l’impression qu’on les a précédés ».)
Que s’est-il passé ces derniers jours à Paris XIXe ? Un jeune homme de confession juive, Rudy, a été atrocement tabassé par d’autres jeunes gens. Il a passé trois jours dans le coma. On espère que la violence injustifiable qu’il a subie ne lui laissera pas de séquelles.
Médias et politiques se saisissent aussitôt de l’affaire, et anticipant toute enquête, clament qu’il s’agit d’une agression antisémite.
Le grand rabbin, à ce moment là, n’est pas sûr qu’il s’agisse bien d’une agression antisémite : pour lui, c’est tout au plus « probable ».
Auparavant, tout le monde en France s’est emballé : politiques et médias — à l’abri toutefois de quelques conditionnels de circonstance. Les proches de Rudy, son père notamment, vont dans le même sens : il portait une kippa, soulignent-ils.
Le Président de la République, en voyage en Israël, fait sauter tous les conditionnels, déclarant carrément que Rudy a été agressé « sous prétexte qu’il portait une kippa » ! Voilà qui est clair. Apparemment, le Président Sarkozy sait des choses qu’on ne sait pas en France…
Puis tombe le verdict judiciaire : pas d’antisémitisme direct, mais « antisémitisme par incidence ». Le profane que je suis en matière juridique, qui ne connaissait pas le concept, a tendance à penser que l’on assiste à une espèce de contorsion pour ne pas dire ce que la juge a conclu tout en le disant quand même mais pas trop fort. À savoir que l’agression ne relève pas de l’antisémitisme, mais de bagarres entre bandes, bagarres de plus en plus violentes entre « juifs », « noirs », « Maghrébins » et « Turcs » — on a parlé de ces quatre formules de regroupement de bandes qui font le coup de point les unes contre les autres.
On découvre, ce qu’on imaginait bien, que depuis leurs lieux identitaires respectivement revendiqués, les bandes se lancent réciproquement des injures racistes.
On comprend l’émotion des uns et des autres, surtout quand cela débouche sur ce qui est advenu ce samedi pour Rudy. On comprend pour le coup le désir de voir passer la justice dans toute sa rigueur, on comprend l’émotion des proches de Rudy, de ses parents, et de la communauté juive, qui se sent menacée, à l’instar d’autres « communautés ».
On comprend dès lors que le grand rabbin, qui a été remarquable dans son soutien à Rudy et à sa famille — c’est alors qu’il a joué son rôle de chef (« bété ») ! — on comprend qu’au-delà de ses précautions d’un premier temps, il en soit venu dans un second temps, dans le cadre de l’émotion générale, à abandonner ces précautions, et soit passé de l’idée de l’antisémitisme probable à celle de l’antisémitisme tout court.
On le comprend d’autant mieux qu’entre temps les plus hautes autorités de la République n’ont pas lésiné, répercutées par les médias, devançant l’enquête — qui en vient dès lors à conclure en circonlocutions et nouveaux concepts, façon de via média entre ses conclusions et les déclarations des plus hautes autorités : « antisémitisme par incidence »…
Ce faisant, alors que tout le monde s’est laissé déborder, on glisse à la catastrophe, en premier lieu pour la communauté juive ! — tiraillée entre une peur bien compréhensible devant un climat qui se dégrade ; un souhait compréhensible aussi de ne pas s’inscrire en faux contre des politiques et des médias même s’ils en rajoutent indûment ; et un sentiment de malaise profond devant cette manière de se voir instrumentalisée à fin d’exorcisme d’une France au passé qui ne passe pas.
L’indignation générale est du même ordre que celle de l’affaire Marie-Léonie (fictivement « agressée » dans le RER) et la velléité sarkozienne de confier la mémoire d’un enfant mort dans la Shoah à chaque enfant des écoles. Simone Veil a alors mis un sain holà !
Mais que ce soit le délire de Marie-Léonie ou le macabre projet, on n’en a tiré aucune autre leçon que quelques conditionnels avant « antisémite » qui finissent par sauter de toute façon — ce qui se traduit dans des concepts juridiques nouveaux comme « antisémitisme par incidence ».
Derrière cet emballement récurrent, ne se trouve peut-être rien d’autre qu’une mauvaise conscience européenne, sorte de retour malsain du refoulé, qui se projette via les guerres de clans « inter-communautaires », de plus en plus violentes et de plus en plus graves, où chacun rejoue à Paris le conflit israélo-palestinien, qui de tache d’huile en tache d’huile devient conflit parisien judéo-musulman, puis judéo-maghrébin, voire judéo-africain !
Où ces ennemis fantasmés d’Israël deviennent les exutoires d’une certaine mauvaise conscience française, qui se dédouane ainsi à bon compte en s’indignant de tout ce qui ressemble à de l’ « antisémitisme par incidence » s’il est le fait d’Arabes ou de « noirs ».
Et pleuvent les Marie-Léonie et autres « sous prétexte qu’il portait une kippa ».
Où se rejoignent la rhétorique d’extrême-droite, héritière incontestable, dans plusieurs de ses courants, de l’antisémitisme génocidaire européen, et le refus des violences palestiniennes qui sombrent dans le terrorisme. Un amalgame terrible qui trouve sa traduction dans les trop fameux « black- black- black ».
Il est temps d’en venir encore et toujours à l’avertissement de Frantz Fanon aux « noirs » : « quand vous entendez dire du mal des juifs, tendez l’oreille, on parle de vous ». L’avertissement vaut dans l’autre sens, et s’il vaut « quand vous entendez dire du mal », a fortiori vaut-il quand on en est à des violences physiques…
Quand vous entendez dire : « les juifs sont votre problème » ; quand vous entendez dire : « l’antisémitisme est le fait des ‘noirs’, ou des Arabes », tendez l’oreille vous êtes tous, les uns comme les autres, dans le collimateur.
Déjà menace le retournement d’une d’opinion agacée d’emballements qu’elle a partagés et contribué à convoquer chez les politiques et médias démagogues.
Il est temps pour ceux dont la voix porte parmi les « noirs » d’appeler à la protection des juifs contre ce racisme qui les menace. Il est temps pour le grand rabbin de faire… « le chef bété », c’est-à-dire le chef tout court (n’en déplaise aux ethnologues à la petite semaine), et d’appeler à la protection des « noirs » contre le racisme qui les menace quand on leur fait porter la mauvaise conscience d’un réel et pas si vieux antisémitisme européen : celui du retournement démagogique de l’opinion.






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